Accenture a publié une étude intitulée « Full value full stop », qui met en lumière les différences entre les entreprises leader de l’innovation et celles considérées comme retardataires. Le rapport – réalisé en analysant plus de 8350 sociétés issues de 20 industries dans autant de pays différents – a étudié les technologies déployées en entreprise. Chez les leaders d’une part, qui construisent des « futurs systèmes » pour leurs organisations, et chez les retardataires d’autre part, qui investissent dans des technologies innovantes sans pour autant les adapter à leur activité.

Un écart croissant entre les investissements réalisés dans l’innovation et la valeur générée par les sociétés

Le premier constat de l’étude est l’augmentation de « l’écart de réalisation de l’innovation ». A savoir la différence entre les investissements réalisés dans des technologies innovantes et la valeur que ces investissements ont engendré. De nombreuses sociétés subissent une pression liée au fait de devoir générer de la croissance. Elles investissent donc dans des technologies dotées de nouvelles fonctionnalités, qui permettent de nouveaux usages. Beaucoup d’entre elles ont cependant du mal à faire évoluer l’innovation à l’échelle de leur entreprise.

La valeur est difficile à capturer pour les sociétés qui n’ont pas investi dans les nouvelles technologies. En partie parce que les solutions informatiques classiques (applications logicielles, matériel, télécommunications, installations, centres de données…) n’ont pas été conçues pour s’adapter au monde actuel et à celui de demain. Monde notamment caractérisé par l’analyse des données, les capteurs, l’informatique mobile, les applications d’intelligence artificielle, l’Internet des objets (IoT) et le nombre grandissant d’appareils.

Dans ce contexte, les entreprises numériques natives comblent leurs lacunes en dégageant de la valeur. Contrairement aux entreprises traditionnelles qui sont plus expérimentées mais ont plus de difficultés à prendre le virage de la transformation numérique. Selon l’étude, les leaders de l’innovation augmentent leurs revenus deux fois plus vite que les retardataires. Pour créer de la valeur et faire partie des leaders de l’innovation, il faudrait alors respecter 4 étapes clés :

  1. Adopter de nouvelles technologies
  2. Faire évoluer l’innovation à l’échelle de la société, via des technologies à l’architecture flexible
  3. Créer une culture d’entreprise liée à l’innovation
  4. Générer de la performance financière

Pour créer de la valeur, les sociétés doivent mettre en place des systèmes sans limites, adaptables et humains

Les leaders de l’innovation sont favorables à l’adoption de nouvelles technologies, et ont une vision claire de ce à quoi devraient ressembler les futurs systèmes de leur entreprise. Mais créer de la valeur ce n’est pas seulement mettre en place de nouveaux outils. Les leaders les hiérarchisent et séquencent leurs implémentations de manière optimale. Ils cultivent les futurs systèmes, en adoptant ceux où les technologies, applications et personnes sont interconnectées. En conséquence, leurs systèmes permettent un flux continu d’innovations de produits et de services.

Les retardataires, quant à eux, adoptent une approche de « suiveur rapide » et mettent en œuvre des technologies en tant que solutions ponctuelles, sans pour autant avoir de plan pour cultiver leurs systèmes. Ainsi, lorsqu’une innovation potentiellement révolutionnaire se présente, l’entreprise ne parvient pas à la faire évoluer. Pour que les futurs systèmes soient prospères et génèrent de la valeur, ils doivent avoir certaines caractéristiques :

Être sans limites :

D’après l’étude, historiquement, les composantes du secteur IT (bases de données, applications et infrastructures) ont été traitées comme des entités indépendantes, en silos. De nos jours, les divisions s’estompent. Les entreprises leaders de l’innovation ont déployé des systèmes sans limites en utilisant le cloud. Elles ont ainsi une approche uniforme des données, de la sécurité et de la gouvernance. 75% d’entre elles affirment ainsi que les systèmes actuels cassent les frontières entre les données, l’infrastructure et les applications. Mais aussi entre les humains et les machines, et même entre les organisations concurrentes.

Être adaptables :

Les systèmes adaptables apprennent et s’améliorent par eux-mêmes. Alimentés par les avancées technologiques comme l’intelligence artificielle ou le machine learning, ils éliminent les frictions qui entravent la croissance de l’entreprise, aident les humains à prendre de meilleures décisions, et ce plus rapidement. Plus de 80% des leaders affirment que le découpage des composantes du secteur IT est une avancée clé vers la mise en place de systèmes adaptables. Les retardataires sont moitié moins à être d’accord avec ce constat.

Être humains :

91% des leaders affirment qu’ils travaillent avec des équipes qui associent informatique et business, pour créer des solutions centrées sur le client (contre seulement 41% des retardataires). Grâce à des technologies telles que le traitement du langage, la reconnaissance vocale et le machine learning, les systèmes dits humains deviennent moins artificiels et plus intelligents, ce qui rend les interactions plus faciles et plus efficaces pour les entreprises. Ainsi, les entreprises qui pensent en termes de systèmes globaux et non en termes de solutions ponctuelles dépassent largement les autres au niveau de leur croissance, leurs revenus et leurs marges.

Pour créer de la valeur, les sociétés doivent mettre en place des systèmes sans limites, adaptables et humains. Crédits photo : Pexels / Startup Stock Photos

5 mesures clés prises par les leaders de l’innovation

Adopter des technologies qui rendent l’organisation plus rapide et flexible :

Alors que les leaders optent pour des architectures flexibles, uniformes et évolutives capables de répondre aux demandes du marché, les retardataires ont du mal à s’éloigner des architectures informatiques rigides. Ce qui les empêche de maximiser leurs investissements en innovation, et les rend sujets à des pannes systémiques.

Se familiariser avec le cloud computing :

Le cloud computing est essentiel pour la mise en place de futurs systèmes, car il permet aux entreprises d’utiliser avec succès d’autres technologies comme l’intelligence artificielle ou les analytics. En tant que tels, les leaders considèrent le cloud comme un catalyseur d’innovation. 95% d’entre eux ont adopté des services cloud, contre environ 30% des retardataires, qui ont tendance à considérer le cloud comme un « centre de données » rentable.

Reconnaître la data comme étant à la fois un allié et un fardeau :

Les leaders veillent à la qualité de leurs données. Ils créent des mesures de sécurité qui anticipent les menaces et mettent en place des cadres éthiquement responsables pour la gestion de la data et de l’intelligence artificielle. 90% des leaders attestent de la qualité de leurs données, contre 40% des retardataires. Et si 90% des leaders continuent d’enrichir leur data, seuls 54% des retardataires le font.

L’IA qui manipule les données de l’entreprise doit être fiable et bien entraînée, afin d’éviter le risque d’effets néfastes sur les performances commerciales, la réputation de la société et s’assurer de la conformité aux réglementations comme le RGPD. Ce qui peut aussi être un fardeau pour les entreprises, qui ne sont pas ou mal préparées à traiter un amas de données. D’après le rapport, 94% des leaders ont une façon systématique de gérer l’IA et les données de façon responsable et éthique, contre 49% des retardataires.

Bien gérer ses investissements technologiques dans la société :

Les leaders ont une visibilité claire sur les investissements technologiques de l’entreprise. 94% d’entre eux suivent en effet systématiquement le ROI de leurs investissements dans l’ensemble de l’organisation, contre seulement 47% des retardataires.

Les leaders s’efforcent d’aligner leurs activités en supprimant les barrières entre les services dits informatiques et les autres départements. Ils établissent également des centres d’innovation, qui créent des pipelines pour le transfert d’innovations d’un département à l’autre. Par exemple, en réfléchissant à la manière dont les améliorations des technologies de vente et de relation client basées sur le machine learning, pourraient être utilisées pour prédire et anticiper le turnover du personnel.

Trouver des moyens créatifs pour stimuler ses talents :

Le fait que ses équipes restent engluées dans des technologies dépassées est l’un des principaux obstacles à la création de futurs systèmes, nécessaires au succès. Les sondés estiment que sans formation, 52% des compétences de leur personnel informatique, et 47% de celles de leur personnel d’autres secteurs seront obsolètes d’ici trois ans.

87% des leaders utilisent l’intelligence artificielle et les analytics avancées pour personnaliser l’apprentissage, prédire les besoins en compétences et faire correspondre ces besoins aux modules de formation appropriés. Seulement 35% des retardataires sont impliqués dans de tels efforts. Les leaders de l’innovation s’assurent également que leurs talents n’aient pas peur d’expérimenter et de présenter des idées non conventionnelles, éléments importants pour continuer d’apprendre et de croître.

4 obstacles récurrents qui empêchent l’innovation à grande échelle :

D’après les sondés de l’étude, 4 obstacles majeurs empêchent les entreprises d’innover à grande échelle :

  • L’adoption de la technologie : maîtriser les nouvelles technologies à grande vitesse et à grande échelle.
  • La flexibilité de l’architecture : construire des architectures flexibles, uniformes et évolutives capables de répondre aux demandes du marché.
  • La confiance envers les systèmes : préserver la confiance dans les systèmes, avec des approches en constante évolution pour la sécurité et le traitement des données.
  • Les coûts de transaction organisationnels : réduire les obstacles à l’interaction, tant organisationnels que technologiques.

Quel que soit le pays de résidence, les entreprises interrogées citent la flexibilité de l’architecture comme étant l’obstacle qui freine le plus l’innovation à grande échelle. En France, la confiance envers les systèmes est l’obstacle le moins gênant (71%), viennent ensuite les coûts de transaction organisationnels (65%), l’adoption de la technologie (60%) et la flexibilité de l’architecture des systèmes (59%).

Le classement des obstacles qui freinent l'innovation à grande échelle, par pays sondés

Les entreprises citent la flexibilité de l’architecture comme étant l’obstacle qui freine le plus l’innovation à grande échelle. Crédit photo : Accenture

Pour avoir accès à l’étude en intégralité, cliquez sur ce lien.