Le co-fondateur et président de la société de capital risque Touchdown Ventures, Scott Lenet, a fait part à Forbes de ses prédictions pour les 10 prochaines années dans le domaine de l’innovation.

L’homme, qui a plus de 20 ans d’expérience dans le capital risque, affirme que le secteur « offre une perspective unique sur l’avenir, car les plans des startups en démarrage illustrent une feuille de route sur la manière dont les tendances technologiques et les marchés pourraient se dérouler ». Voici ses prédictions pour la prochaine décennie.

Vers l’ultra personnalisation des produits et services

Selon Scott Lenet, lors des prochaines années nous assisteront à l’essor de sociétés qui personnaliseront et simplifieront tout : notre consommation de médias, notre alimentation, nos horaires, communications, choix de rencontres, soins de santé… Dans un contexte où les consommateurs exigent désormais du sur-mesure, tout devra impérativement être adapté à chacun puis livré en un seul clic voire moins.

Un engouement fort pour la data, qui finira par s’estomper

A l’heure actuelle, le big data est une thématique à la mode, très prisée par les entrepreneurs et investisseurs. Certaines questions restent cependant récurrentes : que faire avec un tel amas de données ? Peut-on faire confiance aux sociétés qui les analysent ? Quelles sont les données qui ont une vraie valeur économique ? D’après le président de Touchdown Ventures, les investisseurs en capital risque enregistreront quelques succès auprès des startups spécialisées dans le traitement des données, mais perdront au final plus d’argent qu’ils n’en gagnent. Selon lui, au milieu de la décennie, les investisseurs commenceront à se détourner de ces transactions. Ils reconnaîtront en effet que les géants de la tech et d’autres grandes sociétés sont mieux placés que les startups pour collecter, analyser et utiliser de grands ensembles de données. Les algorithmes de machine learning commenceront également à se banaliser, en particulier pour analyser le comportement des consommateurs.

Des soins de santé de plus en plus chers

D’après Scott Lenet, notre système de santé connaîtra des changements massifs au cours de la prochaine décennie, avec des gains d’efficacité qui seront marginaux et des coûts qui continueront d’augmenter. Notre société finira par trouver une répartition équitable des dépenses et des responsabilités entre le gouvernement, les prestataires, les assureurs et les patients. Des progrès significatifs ne seront cependant pas visibles avant la fin des 10 prochaines années. Durant ce laps de temps, les investisseurs continueront de financer toutes les catégories de soins de santé. Les plus gros investissements devraient être réalisés dans les diagnostics et thérapies numériques de la santé, pour tenter de minimiser les coûts et de maximiser les prestations hors hôpitaux. Dans ces conditions, les soins de santé devraient être un marché d’investissement juteux dans les années 2020, et encore plus dans les années 2030.

Une alimentation plus tournée vers les plantes

Les préoccupations pour l’environnement et la cause animale étant de plus en plus manifestes dans notre société, même les géants de la restauration rapide traditionnels adhèrent dorénavant à la tendance alimentaire végétarienne. Un effort important est d’ailleurs consacré à la reproduction de la texture et de la saveur des protéines animales. Alors que ces technologies et techniques de fabrication arrivent à maturité au cours de la première moitié de la décennie, il faut selon Scott Lenet s’attendre à une activité continue des investisseurs dans le secteur alimentaire.

L’expansion de l’impression 3D dans les applications industrielles

Les applications industrielles des produits imprimés en 3D à la demande créeront de nombreuses opportunités. Elles vont venir révolutionner les secteurs de la construction, l’immobilier, l’outillage et l’industrie, les transports et bien d’autres encore. Les investisseurs en capital risque devraient donc logiquement réaliser des investissements records dans cette catégorie, d’ici le milieu de la décennie.

Expert du capital risque, Scott Leney a fait part de ses prédictions pour les 10 prochaines années dans le secteur de l’innovation. Crédits photo : Pexels-Pixabay

Vers une évolution des médias et des réseaux sociaux

Mark Zuckerberg a déclaré publiquement qu’il pensait que l’avenir des médias sociaux serait caractérisé par la messagerie privée. D’après Scott Lenet, c’est prédiction se confirmera dans les prochaines années. Dans un contexte où le journalisme factuel semble être mort, et où un grande nombre de personnes se servent des réseaux pour s’informer (au risque de s’exposer aux fake news de plus en plus présentes et relayées), les modèles de consommation des médias devraient également changer rapidement. Le grand public privilégiera la confiance, l’objectivité, la véracité, et tout un tas de valeurs qui priment sur l’instantanéité de l’information. D’après le président de Touchdown Ventures, les plateformes de médias sociaux elles-mêmes devraient inspirer de plus en plus de méfiance et capter de moins de moins l’attention des investisseurs. Alors que certains services devraient selon lui s’éteindre, Twitter survivra, soumis à une régulation en tant que service d’utilité publique. Il affirme également que la catégorie des médias sociaux sera finalement considérée d’ici quelques années comme une mode des années 2010.

Des investisseurs plus enclins à financer des startups religieuses que politiques

Même si les investisseurs sont de plus en plus francs et expressifs quant à leurs opinions sociales et économiques, cela se traduit rarement par un financement en faveur de startups politiques. Ils préfèrent généralement rester en marge des sociétés qui élaborent des services/produits à destination des gouvernements. Une habitude qui devrait perdurer dans les années à venir. D’un autre côté, la religion est un marché gargantuesque et négligé, avec des entrants qui ont fait des progrès limités en transformation numérique. Les investisseurs ont généralement évité ce secteur, pourtant il offre de nombreuses possibilités, avec un grand nombre de clients potentiels et une concurrence limitée. Selon Scott Lenet, nous devrions voir plusieurs startups religieuses valorisées au-dessus du milliard de dollars d’ici le milieu de la décennie.

L’avenir du travail commencera à se révéler

Les sociétés de capital risque se sont historiquement concentrées sur les technologies évolutives, qui créent de la valeur économique à travers la disruption et la suppression de postes. Au cours des années 2020, les investisseurs devraient aussi se concentrer sur des startups qui proposent une solution contre la disruption et sauvegardent des emplois. D’après le spécialiste du capital-risque, les entreprises qui mettent l’accent sur ce que les ordinateurs ne peuvent pas faire (psychologie, éducation, architecture, arts créatifs…) attireront une quantité surprenante d’investisseurs. D’ici la fin de la décennie, ce secteur devrait par ailleurs commencer à examiner comment les humains, robots et ordinateurs peuvent travailler ensemble efficacement.

L’essor d’une nouvelle industrie liée à la protection des personnes

D’après Scott Leney, les progrès technologiques vont certes améliorer notre quotidien, mais le monde continuera d’accélérer et de se compliquer. Les drones, maladies créées par l’homme et virus informatiques sont quelques-uns des nouveaux dangers qui nécessiteront une défense de niveau supérieur. En réponse, une nouvelle industrie émergera pour permettre une protection personnelle contre tout, du piratage aux agents pathogènes. Les investisseurs devraient commencer à financer cette catégorie naissante d’ici la fin de la décennie.

De plus en plus de sociétés privées vont créer des fonds d’investissement en capital-risque

Le corporate venture capital (CVC) a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie. Ce terme désigne les fonds d’investissement en capital risque de sociétés privées, souvent des grands groupes, qui financent les startups et PME innovantes porteuses de croissance via des prises de participation minoritaire. Des centaines de nouvelles entreprises ont créé des programmes de capital-risque au cours des dernières années. Selon les données de Pitchbook et de la National Venture Capital Association, en 2010 les CVC ont financé 562 des 5409 transactions enregistrées aux États-Unis. En 2018, les sociétés ont participé à 1443 transactions sur 8948. Selon Scott Lenet, contrairement aux prévisions de retrait des CVC lors de la prochaine récession, la tendance actuelle devrait se poursuivre. D’ici la fin de la prochaine décennie, les CVC constitueront même selon lui environ la moitié du marché du capital risque en volume de transactions mondiales.

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