Actuellement, en campagne de crowdfunding sur myOptions, la société Breizh Wash propose une lessive économique et écologique. Les lessives sont un produit du quotidien. Rien qu’en France, 7,3 milliards de lessives sont faites par les ménages. Consultante scientifique et docteur en Biologie pour le groupe Asteryos, Fabienne Dupuy s’est interrogée sur l’impact des lessives sur l’environnement. Elle revient pour myOptions sur les informations auxquelles elle a accédé… ou pas ! 

De quoi sont composées les lessives ?

Les lessives restent un produit particulièrement complexe et élaboré. Elles contiennent jusqu’à 25 molécules dont des tensioactifs, des agents « complexants », des produits séquestrants, des enzymes, des agents de blanchiment, des azurants optiques, des conservateurs, du parfum, des colorants, du ballast pour les lessives en poudre et de l’eau pour les lessives liquides. L’association des tensioactifs qui disperse les salissures dans l’eau, des agents « complexants » qui empêchent les salissures de se redéposer, des agents séquestrants qui adoucissent l’eau en capturant les ions métalliques et des enzymes qui accélèrent les réactions chimiques, rend les lessives très efficaces. Ainsi, les tensioactifs sont l’élément essentiel d’une lessive et l’un des principaux constituants. Le tensioactif le plus ancien est le savon. Les industriels ont souvent recours à des tensioactifs synthétiques fabriqués à partir de pétrole. Mais de plus en plus de lessives, et en particulier les lessives dites écologiques, sont à base de tensioactifs d’origine végétale.

D’autre part, de nombreuses autres substances sont ajoutées, permettant de garder la blancheur du linge ou apportant une odeur agréable. Il apparaît difficile de connaître la composition exacte d’une lessive, en effet la réglementation impose d’afficher les composants en % selon 4 catégories (moins de 5 %, de 5 à 15 %, de 15 à 30 % et plus de 30 %). Par ailleurs, ces indications ne sont obligatoires que pour les composants présents à plus de 0.2 % du poids, sauf pour les enzymes, les désinfectants, les azurants optiques et les parfums. Ils doivent toujours être indiqués, quelle que soit leur concentration. L’étiquetage imposé par la réglementation manque donc de précision ce qui rend très complexe l’accès à la composition précise et exhaustive des lessives.

La pollution par les lessives

En tant que consommatrice, je me suis posé la question de la pollution induite par mes lessives. En effet, l’eau évacuée de la machine à laver rejoint le réseau d’eau usée, qui après un passage dans une station d’épuration, finit dans les milieux aquatiques. Depuis 2007, la réglementation interdit l’utilisation des phosphates qui étaient à l’origine de la prolifération des algues et de l’eutrophisation des eaux. Mais qu’en est-il de tous les autres composants ? La pollution des eaux par les micropolluants est une importante problématique et les stations d’épuration rencontrent de nombreuses difficultés pour les traiter.

D’ailleurs, un « plan micropolluants » a été mis en œuvre par le ministère de l’Environnement de l’énergie et de la mer. Les micropolluants font référence à tout agent chimique indésirable retrouvé à très faible concentration dans l’environnement. Ils regroupent plus de 110 000 molécules, dont des plastifiants, des métaux, des hydrocarbures, des pesticides, des médicaments, des produits cosmétiques, des détergents… liés aux activités humaines. Ainsi connaître la part induite par les lessives est difficile. Une étude datant de 2006, de l’Institut national de la consommation (INC) et des agences de l’eau indique que les lessives sont polluantes, car aucune n’est biodégradable, y compris les lessives dites écologiques. La réglementation impose une biodégradabilité finale de 60 % au bout de 28 jours. Or, 40 % de nos lessives restent non biodégradable.

Au travers d’une recherche rapide sur internet, j’ai souhaité en savoir plus. Pourtant, je n’ai pu trouver aucun document scientifique de référence et récent sur la biodégradabilité des lessives. La réglementation semble imposer de mesurer cette biodégradabilité, pourtant les données sur le sujet ne sont pas facilement accessibles.

Quid de l’écolabel pour les lessives

L’écolabel vise à promouvoir des produits ayant un moindre impact sur l’environnement. Il se base sur les performances, l’information aux consommateurs et les caractéristiques écologiques sur le cycle de vie complet de la lessive : de la production à son rejet dans l’environnement y compris pour l’emballage. La composition n’est donc qu’un des éléments pris en compte. L’écolabel promeut une limitation des substances ayant un impact sur l’environnement ou la santé, tels que les substances issues de la pétrochimie ou les composants toxiques. Certains composants sont interdits alors que d’autre bien que potentiellement problématiques sont autorisés sur dérogations. C’est par exemple le cas des tensioactifs ou des biocides… Bien qu’il soit moindre, l’impact sur l’environnement des produits ménagers ayant l’écolabel n’est pas neutre.

Avec plus de 220 lessives, qui correspondent à 26 litres de lessive liquide, par an et par foyer en France, les enjeux environnementaux liés à l’utilisation de lessive sont particulièrement importants. Le premier levier d’action, qui est d’ailleurs mis en avant par le plan micropolluants, est d’adopter des gestes écocitoyens. Les meilleures recommandations sont de limiter le recours à ces produits,  de choisir des produits porteurs de l’écolabel européen et de respecter les doses. Ces enjeux sont d’autant plus importants dans les régions du monde en manque d’eau qui sont de plus en plus nombreuses.

Note de myOptions : La société Breizh Wash a souhaité s’engager pour une lessive plus propre. Sa composition est à 100 % à partir d’ingrédients naturels. Sa biodégradabilité a été soumise au contrôle d’un organisme indépendant qui relève que la « lessive Breizh Wash atteint le seuil de 70 % de biodégradation entre 5 et 7 jours avec une biodégradation comprise entre 90 % et 100 % au terme de 28 jours et est donc “facilement biodégradable” selon les critères de l’OCDE extrapolés à un produit complexe ».

Fabienne Dupuy

A propos de Fabienne Dupuy

Diplômée de l’Université Tours François Rabelais, Fabienne Dupuy est titulaire d’un DEA en neurosciences et d’un doctorat en Sciences de la Vie et de la Santé (Biologie). Chercheur contractuelle à l’Université de Cambridge puis à l’INRA, elle consacre ses travaux à la description des bases neuronales du comportement chez les insectes. Elle envisage de développer un activité innovante et découvre les enjeux et besoins liés à la création d’entreprise. Consultante en financement de l’innovation, elle rejoint le cabinet Melyad (branche financement public du groupe Asteryos) en décembre 2015. Experte en Biologie et en Neuroéthologie, elle est également particulièrement sensible au solutions innovantes en faveur du développement durable. Elle est désormais responsable de la qualification de l’innovation et de l’identification des solutions de financement public pour de nombreuses sociétés innovantes.